style : bleu / orange / rose / noir

Jean-Philippe Brunaud

Peinture, installation , vidéo...

Si l’on en croit le début du livre de la Genèse, Dieu créa la végé­ta­tion le troi­sième jour, les ani­maux marins et les oiseaux le cin­quième, les ani­maux ter­res­tres et l’homme le sixième. Les des­cen­dants de Darwin, les tenants de la phy­lo­gé­né­ti­que et de l’appro­che cla­dis­ti­que, font des plan­tes, des ani­maux et des humains les mem­bres d’un seul et même domaine, celui des euca­ryo­tes, par­ta­geant avec les archéo­bac­té­ries, leurs cou­si­nes, le même ancê­tre commun dénommé non pas Adam ni même Ève, mais LUCA. Jean-Philippe Brunaud cham­boule ces sché­mas. Il com­prime la longue his­toire de l’évolution pour conden­ser l’espace et le temps en un hic et nunc qui se conçoit, se mani­feste et se fige sur la sur­face qua­dran­gu­laire d’une toile peinte, cette sur­face plane recou­verte de cou­leurs en un cer­tain ordre assem­blées, si l’on en croit Maurice Denis. C’est que Jean-Philippe Brunaud met en scène des muta­tions – c’est ainsi qu’il a dési­gné l’essen­tiel de sa pro­duc­tion des années 2005-2006 – qui trans­gres­sent les lois habi­tuel­les de la géné­ti­que et de la bio­lo­gie, pour hybri­der humains et végé­taux en des êtres nou­veaux, en per­pé­tuelle évolution, mais figés dans l’ins­tan­tané de la « prise de vue » plas­ti­que, quel­que part entre le règne animal et le végé­tal. Ces muta­tions se déploient au sein d’une pein­ture, mais aussi d’une œuvre à l’autre dans la même série. Ce qui est donné à voir, c’est une lente appro­pria­tion d’un hôte humain par le végé­tal, par des excrois­san­ces, par­fois agres­si­ves, qui sur­gis­sent d’un corps, s’y intè­grent et s’en empa­rent len­te­ment, pour le remo­de­ler et le modi­fier. Dans cette bataille iné­dite, c’est tou­jours le végé­tal qui l’emporte, le corps, vic­time pos­sé­dée, pou­vant être, selon les œuvres, consen­tant ou résis­tant. Peu importe, on voit bien que la lutte est par trop iné­gale, que l’humain se fondra dans le végé­tal, en une régres­sion iné­luc­ta­ble, allant à rebours des concep­tions dar­wi­nien­nes, mais bien à l’image de notre lot d’enve­loppe péris­sa­ble. Avant de rede­ve­nir pous­sière, notre corps ne nour­rira-t-il pas micro-orga­nis­mes et cham­pi­gnons, nos cou­sins de la famille Eucaryote. Réflexion sur notre deve­nir ?

Que l’on ne se trompe pas, cepen­dant. Il n’y a rien de mor­bide ni de triste dans la pein­ture de Jean-Philippe Brunaud. Bien au contraire. Les cou­leurs sont vives et chau­des, la fac­ture propre, les figu­res saines et belles. Un obser­va­teur super­fi­ciel pour­rait même y trou­ver une atmo­sphère buco­li­que, bai­gnée d’une lumière tiède, éprouver une cer­taine fas­ci­na­tion pour cet uni­vers autre, échappant appa­rem­ment aux contin­gen­ces de notre monde. Mais, à bien y regar­der, les per­son­na­ges, sou­vent des nus fémi­nins, sont comme vidés de toute sub­stance humaine. Ils ont perdu leur âme et ne valent plus que pour leur écorce super­fi­cielle, leur peau nacrée et volup­tueu­se­ment offerte aux cares­ses du regard d’un spec­ta­teur devenu voyeur. Ce ne sont plus des corps, mais des écorces – belles, certes – mais vidées de leur sub­stance par des végé­taux vam­pi­res. Ici, l’artiste finit par donner raison à Valery : ce qu’il y a de plus pro­fond dans l’homme, c’est la peau. On pour­rait aussi hasar­der une com­pa­rai­son avec Arcimboldo, notam­ment dans l’exu­bé­rance expres­sive, tout à fait manié­riste, de l’enche­vê­tre­ment des formes et des cou­leurs. Mais la com­pa­rai­son s’arrête ici. Chez le Milanais, l’exer­cice relève de la prouesse tech­ni­que, d’un illu­sion­nisme humo­reux qui pré­fi­gure les tra­vaux d’un Dalí. Chez Jean-Philippe Brunaud, végé­taux et humains sont plus inti­me­ment imbri­qués. Ce peut être dans une rela­tion fusion­nelle dans laquelle les deux règnes devien­nent pres­que indis­cer­na­bles, comme dans cer­tains de ses des­sins où les formes végé­ta­les grouillent en une sorte de bouillon de culture, esquis­sant la sil­houette d’une tête, d’un corps ou d’un membre humain. Ce peut être aussi, dans une rela­tion plus clas­si­que, de sujet et de fond, comme dans cette toile où une jeune femme nue, une nym­phette, pen­chée en avant vers son impro­ba­ble reflet spé­cu­laire dans une flaque d’eau en forme de tache jetée sur la toile, se déta­che devant une masse végé­tale qui évoque sans ambi­guïté le mys­tère de la forêt pri­mi­tive dont elle vient de se libé­rer.

Ce peut être enfin dans une rela­tion méta­mor­phi­que, comme dans les toiles Madame Poireau (2007) ou Factice (2007), dans les­quel­les un beau nu fémi­nin coha­bite avec des plan­tes légu­mi­neu­ses. Dans cette der­nière œuvre, la che­ve­lure fémi­nine se mue en raci­nes d’un réseau rhi­zo­ma­ti­que qui se déve­loppe sur toute la partie gauche de la toile. Dans l’une et l’autre pein­ture, les végé­taux se muent eux-mêmes en rubans aux ara­bes­ques manié­ris­tes qui évoquent des molé­cu­les d’ADN que nul ne s’est encore hasardé à séquen­cer. Dans Femme (2007), la méta­mor­phose est en train de s’accom­plir sous nos yeux. Nouvelle Daphné rat­tra­pée dans sa course par Apollon, la jeune femme nous fixe dans un aban­don déses­péré, la peau déjà cou­verte d’ocel­les rouges et vertes, tandis que sa che­ve­lure s’est muée en raci­nes d’un lau­rier rose en deve­nir.

Dans la série des Errances (2007-2008), il s’agit bien de méta­mor­pho­ses. L’artiste le reven­di­que clai­re­ment quand, s’expri­mant sur sa démar­che, il écrit : Mon tra­vail explore un monde de lentes méta­mor­pho­ses. Des muta­tions aux signi­fi­ca­tions mou­van­tes où les pay­sa­ges, les espa­ces, se jouent de l’idée du réel, où la figure et l’abs­trac­tion se mêlent, où le corps révèle son contenu dans l’uni­vers qui l’enve­loppe. Là où les Mutations (2005-2006) rem­plis­saient et opa­ci­fiaient l’espace, les toiles les plus récen­tes le vident, le ren­dent trans­pa­rent pour n’en conser­ver que l’enve­loppe, l’écorce. Ici, il n’est ques­tion que d’épiderme, de sur­face, de paraî­tre. Apparemment fra­gi­les et chau­des, ces écorces humai­nes ou végé­ta­les ont perdu de leur être. Certaines appa­rais­sent, çà et là, sur les toiles, sous forme de chry­sa­li­des ou de mues, par­fois défor­mées par ana­mor­phose, à la façon du crâne étrange qui figure au pre­mier plan des Ambassadeurs de Holbein le Jeune. Jean-Philippe Brunaud s’ins­crit ici, du moins méta­pho­ri­que­ment, dans la des­cen­dance des figu­ra­tions du sup­plice de Marsyas ou du mar­tyre de saint Barthélemy, tel que Michel-Ange l’a peint au pla­fond de la cha­pelle Sixtine. D’autres écorces sont entrées dans un pro­ces­sus de réi­fi­ca­tion, dans une sorte de pétri­fi­ca­tion molle qui fait par­fois écho à cer­tai­nes des œuvres de Mantegna. Les images de Jean-Philippe Brunaud inci­tent l’œil à cares­ser la sur­face des choses, à se sub­sti­tuer au propos nar­ra­tif devenu absent, pour ne révé­ler, dans une démar­che onto­lo­gi­que, que la pein­ture dans son essence : une seconde peau posée sur la pre­mière peau de la toile. Sincérité, sen­sua­lité, étrangeté, invi­ta­tion au voyage sont toutes conviées au cons­tat de la défaite de l’huma­nité rési­gnée face au végé­tal conqué­rant non vio­lent. L’invi­ta­tion à péné­trer l’inti­mité de ce qui est donné à voir se heurte, in fine, à ce cons­tat d’échec. À ce point, la nar­ra­tion s’arrête et la pein­ture ne tient plus que pour ce qu’elle est : la défi­ni­tion de Maurice Denis... Il est un aspect moins connu de la pro­duc­tion de Jean-Philippe Brunaud, celui de ses ins­tal­la­tions. Je pense notam­ment aux plus récen­tes qui font appel à du foin et à du film ali­men­taire en matière plas­ti­que. Dans ces œuvres, l’artiste montre la trace, en néga­tif, qu’un corps a lais­sée dans du foin. Même si la chan­son de Mireille et Jean Nohain vient immé­dia­te­ment à l’esprit, nous sommes ici dans un tout autre regis­tre, celui du memento mori. La forme cor­po­relle est tra­duite en manque, mais un manque qui s’ins­crit lui-même dans une struc­ture péris­sa­ble : le manque dans ce qui man­quera bien­tôt, la vacuité dans le vide en deve­nir. Il est donc encore ques­tion, ici, des limi­tes cor­po­rel­les, de la peau, de l’écorce, même si celle-ci est plus sug­gé­rée que maté­ria­li­sée. On peut dres­ser un paral­lèle avec le pro­ces­sus de mémo­ri­sa­tion des sou­ve­nirs, de leur idéa­li­sa­tion et de leur effa­ce­ment. L’artiste joue aussi, dans ces ins­tal­la­tions, sur une rela­tion d’attrac­tion - répul­sion, de fas­ci­na­tion et de rejet simul­ta­nés. On est, ici, proche de ces images fan­tô­mes rele­vées sur les murs d’Hiroshima et de Nagasaki après l’explo­sion des bombes ato­mi­ques. Horreur et atten­dris­se­ment. Horror vacui, aussi… Et puis, le foin nous rap­pelle ces tra­vaux pra­ti­ques de scien­ces natu­rel­les, à l’école, où pour étudier la para­mé­cie, on devait faire infu­ser du foin dans de l’eau. Ce pro­to­zoaire cilié, indis­so­cia­ble­ment lié à l’herbe, cet être uni­cel­lu­laire pri­mi­tif nous fait remon­ter de quel­ques échelons, par la pensée, du moins, dans l’arbre phy­lo­gé­né­ti­que, vers cet ancê­tre unique en qui se réconci­lient ou se résol­vent toutes les contra­dic­tions exis­ten­tiel­les que Jean-Philippe Brunaud exprime dans son art.

Louis Doucet, avril 2009


Vit et tra­vail à Paris

Expositions
• 2009 : Haut du Pavé - Paris 5ème.
• 2008 : Cri d’Art - Metz.
• 2005 : Art en Cambresie (Nord)2004 : Academie 25 - Paris 14ème. Espace Les 7 Parnassiens - Paris 14ème.
• 2003 : Galerie L’Œil du huit - Paris 9ème.Galerie Chatelet-Victoria - Paris 1er. Café la Fourmi - Paris 18ème.
• 2002 : 3 Pièces/Cuisine - Paris 17ème. Espace INOVE - Avignon. Café la Fourmi - Paris 18ème.
• 2001 : Espace INOVE - Avignon. Galerie Chatelet-Victoria - Paris 1er.
• 2000 : Café la Fourmi - Paris 18ème. 1999 : Galerie L’ate­lier - Casablanca, Maroc.

Expositions col­lec­ti­ves
• 2005 : Mac 2000 (Espace Champerret, Paris 17ème - novem­bre). Art en Cambresie (Nord).
• 2004 : Grand prix de pein­ture de Saint Grégoire (Île et Vilaine). Fondation Boris Vian - Paris 18ème. Rencontres inter­na­tio­na­les d’art contem­po­rain de Chizé (Deux-Sèvres). "Les ova­li­ques", ins­tal­la­tion en exté­rieur.
• 2003 : Galerie Maragall - Barcelone, Espagne.
• 2002 : Galerie la Compagnie des Arts - Paris 2ème. 3ème prix : "Concours “ROUGE" - Galerie L’Œil du huit - Paris 9ème. "EXPOCOLOR" - Galerie Chatelet-Victoria - Paris 1er.
• 2000 : Festival Franco-Anglais de poésie - S.C.A.M (Société Civile des Auteurs Multimédia), Paris 8ème.
• 1999 : Exposition col­lec­tive franco-belge de la Jeune Chambre Economique de Paris Centre Culturel De Bottelarij, Bruxelles, Belgique. Festival Franco-Anglais de poésie - Maison de la Poésie, Paris 3ème.
• 1996 : Galerie Donguy, Paris 11ème.
• 1995 : Centre cultu­rel Le Colombier, Ville d’Avray (92).

Expérience
• 1999-05 : Graphiste indé­pen­dant et ensei­gnant mul­ti­mé­dia. Directeur artis­ti­que dans le cadre du Festival Franco-Anglais de poésie - Paris.
• 1997-99 : Professeur d’arts plas­ti­ques dans le cadre du ser­vice natio­nal de la coo­pé­ra­tion - Collège Anatole France, Casablanca, Maroc. Organisation des expo­si­tions Lueur Origine Art I et II (œuvres d’élèves) ayant béné­fi­cié d’une large cou­ver­ture média­ti­que (télé­vi­sion et presse) Casablanca, Maroc.
• 1995-96 : Professeur d’arts plas­ti­ques - Centre cultu­rel, le Colombier, Ville d’Avray (92).

Formation
• 1994-96 : Niveau Maitrîse d’Arts Plastiques - La Sorbonne, Paris I.
• 1992-94 : BTS (Plasticien de l’Environnement Architectural), École Supérieure des Arts Appliqués, Duperré - Paris.
• 1990-92 : Brevet de Technicien en Arts Appliqués, Lycée de Sèvres (Haut-de-Seine).

Informations complémentaires :
Jean-Philippe Brunaud (Plasticien) - 2, rue Hégésippe Moreau - 75018 Paris
Atelier : 22, rue du Pré Saint Gervais - 93500 Pantin
Tél/Fax : 01 55 30 00 38 / Mobile : 06 03 04 08 55
Voir le site de Jean-Philippe Brunaud
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